« La plus inquiétante jeunesse est celle qui n’a pas d’opinions extrêmes. »
Henri Dieudonné d’Artois, comte de Chambord
Vu sur le site de la St cyrienne: le triste état de nos armées...

Le printemps est là et la défense française va entrer dans une phase de profondes réformes. La parution prochaine du Livre blanc et les annonces de restructuration vont susciter de très nombreux commentaires et réactions, notamment dans les collectivités locales menacées par la disparition de leur garnison. Le retour dans la structure militaire de l’OTAN paraît cependant être entériné. Cette question récurrente et déjà posée au début de la présidence de Jacques Chirac en 1995, pose la question du prix à payer et des avantages que la France pourrait en tirer. Or, si nos armées connaissent de fortes diminutions d’effectifs et l’abandon de programmes majeurs comme le deuxième porte-avions, notre contribution n’en sera que plus affaiblie et notre capacité à peser sur l’Alliance réduit voire marginalisée.
L’Afghanistan est désormais la préoccupation majeure de l’OTAN avec des combats de haute intensité notamment dans le sud. Ainsi, les troupes britanniques ont tiré d’août 2006 à septembre 2007 2 millions de cartouches 5,56, 1,8 millions de 7,62 et 25000 obus de 105 mm. Et les membres de l’Alliance hésitent à y envoyer des renforts.
Le Tchad et le Soudan, avec sa province du Darfour, ont connu de graves affrontements allant même jusqu’à des combats au cœur même de la capitale tchadienne menés par des rebelles au régime du président Déby. Pendant ce temps là, l’Eufor a entamé son déploiement afin de protéger les populations de réfugiés. Tous les ingrédients pour de nouveaux combats sont cependant réunis, malgré la présence de la force européenne.
La Chine est désormais au troisième rang pour le nombre de lancements spatiaux. En 2007, Pékin a effectué 10 lancements contre 6 pour l’Europe avec la fusée Ariane. Cette année, en octobre, un nouveau vol spatial habité avec trois taïkonautes devrait marquer les progrès chinois et confirmer une ambition spatiale majeure, partagée avec l’Inde et le Japon dont les projets dépassent désormais ce que fait le « vieux continent ». Par ailleurs, le budget militaire « officiel » de Pékin augmentera de 18% en 2008 pour atteindre 57 milliards de dollars (37 milliards d’euros). En 2007, la hausse avait déjà été de 18%.
La Russie a repris ses activités militaires avec le déploiement de la flotte en Atlantique Nord-Est pour la première fois depuis 2004. A cette occasion, le croiseur Moskva a tiré un missile anti-navire P 500 d’une portée de 500 km et pouvant être équipé d’une tête nucléaire. Au large de l’Alaska, l’US Air Force a également intercepté des bombardiers stratégiques Tu 95 Bear H comme au bon vieux temps de la Guerre froide. L’OTAN a ainsi recensé 120 interceptions en 2007 et plus de 200 missiles tirés en exercices. La chaîne de fabrication des bombardiers stratégiques TU 160 Blackjack aurait repris avec un objectif de un à deux appareils par an afin de compléter la flotte actuelle des 15 TU 160. Fin 2007, le tir d’un missile RS 24 à têtes multiples, sur une distance de 7000 km, a rappelé que la dissuasion russe restait crédible.
Défense dans le monde
L’Arabie Saoudite a commandé début janvier 3 avions ravitailleurs A 330 MRTT à EADS. Les livraisons sont attendues pour 2011-2012 pour coïncider avec l’arrivée des premiers des 72 chasseurs Eurofighter à partir de 2009. De fait, ce choix saoudien est le quatrième fait au profit de l’avion européen après l’Australie (5 appareils), le Royaume-Uni (15) et les Emirats arabes unis (3). Sans compter le méga-contrat avec l’US Air Force.
La République tchèque a entamé la livraison d’une douzaine d’hélicoptères de transport MI 17, de fabrication russe, au profit de l’Afghanistan.
La Corée du Sud a mis en service son premier sous-marin type 214 de conception allemande. 2 autres engins doivent être construits d’ici 2009. Seoul envisage désormais une deuxième série de 6 sous-marins du même modèle durant la période 2012-2020. Tous ces bâtiments sont assemblés localement par le chantier naval Hyundai. A ce jour, la marine sud-coréenne dispose de 9 sous-marins type 209.
Taïwan augmente son budget de la défense de 12% en 2008 pour atteindre 10,5 milliards de dollars. 30 hélicoptères de combat Apache devraient ainsi être achetés cette année ainsi que 4 batteries de missiles Patriot.
La Thaïlande souhaite commander une seconde tranche de six avions de combat JAS 39 Gripen pour une livraison au début de 2011.
L’Inde annonce vouloir développer un missile de nouvelle génération Agni III+ d’une portée de 5000 km. Un tir sera effectué en 2009. Une nouvelle classe Agni IV est également à l’étude. L’Agni IV pourrait atteindre Pékin et Shanghai. A la fin février, un premier tir à partir d’un caisson immergé à cinquante mètres, d’un missile K 15 d’une portée de 700 km, traduit les progrès faits par les techniciens indiens. L’objectif est désormais la construction d’un SNLE d’ici 2010. La coopération traditionnelle avec la Russie semble marquer le pas avec des difficultés sur certains programmes. Ainsi, la vente du porte-avions Gorshkov en 2004 n’a toujours pas été finalisée et sa livraison après modernisation prévue cette année est reportée au moins jusqu’en 2010. Les Etats-Unis envisagent ainsi de transférer le porte-avions CV 63 Kitty Hawk, mis en service en 1961, stationné au Japon et devant être désarmé fin 2008. La cession aux autorités indiennes serait très avantageuse pour les deux parties, Washington évitant le coût d’un démantèlement et New Delhi recevant un navire vraiment opérationnel. Le projet de porte-avions indien lui est prévu pour 2015. Dans le domaine de la défense anti-missiles, New Delhi souhaite déployer un bouclier anti-missiles dès 2010. Le budget indien de la défense augmentera de 10% cette année pour atteindre 26,4 milliards de dollars (17,5 milliards d’euros).
L’Australie a réceptionné son troisième avion de transport stratégique Boeing C 17, sur un total de quatre commandés, ainsi que ses deux premiers hélicoptères MRH90. 2 autres MRH 90 seront assemblés à Marignane tandis que les 42 exemplaires suivants seront construits sur place. Par ailleurs, le nouveau gouvernement a annoncé la rédaction d’un nouveau Livre blanc.
Le Brésil a demandé à la France de l’aider dans la mise au point d’un futur SNA. Un accord intergouvernemental devrait aboutir d’ici la fin de l’année.
Le Chili souhaiterait disposer de 6 chasseurs américains F15 dès 2010, pour garantir sa frontière nord face à une éventuelle menace d’avions vénézuéliens qui pourraient stationner en Bolivie. Le Vénézuela d’Hugo Chavez poursuit sa cours aux armements avec l’achat probable de 3 sous-marins russes du type Kilo livrables entre 2012 et 2013. Il apparaît clairement que le régime vénézuélien est perçu par ses voisins comme un facteur d’instabilité et de crise potentiel.
Israël a testé à la mi-janvier un nouveau missile balistique d’une portée de 4000 km, dérivé du Jericho 3.
Etats-Unis
Le budget 2009 devrait atteindre 525 milliards de dollars (354 Milliards d’euros), hors opérations. L’augmentation sera de 7,5%. Cette somme ne représente que 4% du PIB américain. La part consacrée à la recherche et au développement atteindra près de 80 milliards de dollars.
L’US Air Force a entamé les premiers essais de chargement de la bombe MOP de 13,5 tonnes sur un bombardier furtif B2. La MOP pourrait pénétrer jusqu’à une profondeur de 70 m.
L’avion F 35 JSF, dans sa version décollage vertical, devrait faire son premier vol en mai et les premiers exemplaires seront livrés en 2012.
Un bombardier B2 d’une valeur supérieure à un milliard de dollars s’est écrasé au décollage sur l’île de Guam à la fin février. Il ne reste plus que 20 appareils en service sur les 21 construits. Théoriquement, le successeur du B2 devrait arriver en 2018.
Le budget 2008 prévoit pour l’US Navy la construction de cinq navires majeurs dont un porte-avions CVN 78 disponible en 2015 pour remplacer le mythique Nimitz, un SNA du type Virginia et un Bâtiment de projection amphibie (LPD). Pour 2009, seront commandés 7 gros navires.
Le Pentagone a signé un contrat majeur avec EADS pour l’achat de 179 avions ravitailleurs A 330 dénommé KC 30. Les enjeux sont colossaux pour EADS qui envisage l’assemblage des KC 30 à Mobile en Alabama par son associé Northrop. Le début des livraisons est prévu en 2013 avec un rythme annuel de 15 à 18 appareils.
La fonction « Acquisitions et contrats » au sein des armées américaines représente 60000 personnes pour environ 400 milliards de dollars chaque année.
OTAN
Le Canada renouvelle sa flotte d’avions de transport avec la commande de 17 C 130J pour un montant de 1,7 milliards de dollars, livrables entre 2010 et 2012. Ils remplaceront des C 130 dont certains ont dépassé la quarantaine. A terme, les armées canadiennes disposeront de 26 appareils.
L’agence NAMSA va commander 200 camions 4x4 et 6x6 des types Kerax et Sherpas à Renault Trucks Industries pour 30 millions d’euros.
Défense en France
Le SNLE Inflexible a rejoint Cherbourg à la mi-janvier pour être retiré du service actif et démantelé. Il a été mis sur cale en 1980, lancé en 1982 et admis au service en mai 1985. Il a effectué 59 patrouilles. La Force océanique stratégique (FOST) ne dispose désormais plus que de 3 SNLE-NG pour assurer la dissuasion. Les premières réflexions sur la troisième génération de SNLE pourraient débuter prochainement en admettant que les conclusions du Livre blanc en confortent le besoin.
Le dernier tir de qualification du missile ASMP-A à Biscarosse fin 2007 à partir d’un Mirage 2000N K3 marque la fin du développement de ce programme nucléaire lancé fin 1997.
L’espace militaire semble menacé avec un budget qui pourrait être réduit à 300 millions d’euros en 2009 alors que les besoins sont évalués à 650 millions. Or, il importe de pouvoir lancer dès cette année les programmes post Hélios II et Syracuse 3. Et la réponse européenne reste trop aléatoire car la France reste le leader du spatial militaire européen.
L’aéromobilité est en crise selon un rapport de la Commission de défense de l’Assemblée nationale. Les députés estiment que le parc –avions et hélicoptères- est désormais en fin de vie avec un coût de fonctionnement exhorbitant. Ainsi, l’heure de vol du Boeing KC 135 pour le ravitaillement en vol coûte 18000 euros, celle du Transall 8500 euros et pour le Puma, il faut compter 7300 euros et 12 heures de maintenance contre six il y a une décennie. Le retrait des appareils et les retards accumulés sur les nouveaux programmes (A 400M et NH 90) entraîneront un déficit capacitaire majeur entre 2009 et 2015 au mieux. En 2010, l’ALAT ne serait en mesure de déployer qu’une vingtaine d’hélicoptères de manœuvre. De fait, les rédacteurs du rapport estiment que désormais la question de la présence française sur certains théâtres d’opération se pose en raison de la dépendance vis-à-vis des moyens aériens américains.
Armée de terre
La première série de VBCI sera délivrée en juillet avec 20 véhicules (15 en version transport de troupe et 5 en version PC). Auparavant, 5 engins seront fournis en mai pour débuter l’entraînement des équipages.
Fin janvier, la DGA a livré le centième AMX 10 RC rénové. D’ici 2010, 256 engins auront ainsi été modernisés pour un montant de 300 millions d’euros. L’objectif est de maintenir l’AMX 10 RC en service jusqu’en 2020.
Les premières livraisons des canons Caesar de 155 mm devraient intervenir au troisième trimestre de cette année et la projection d’un module Caesar en OPEX est envisagée très rapidement. Cette validation opérationnelle sera d’autant plus importante que le système d’arme français n’a pas été retenu dans la « short list » indienne pour un marché de 180 canons et qu’il faut donc conforter au plus vite ce programme vital pour NEXTER (ex-GIAT Industries).
Avec un « crash programme » suite à un incident mortel en Afghanistan, des VAB vont recevoir un tourelleau téléopéré permettant ainsi d’éviter l’exposition du tireur. Les soixante engins modifiés seront disponibles dès la fin de cette année au lieu de 2010 comme cela avait été planifié.
L’ALAT pourrait envoyer des hélicoptères de combat Tigre en Afghanistan en 2009. Phalsbourg devrait recevoir ses premiers Tigres en juillet 2010 et les NH 90 en mars 2013. Les 24 Cougar et les 3 de l’armée de l’air seront enfin modernisés par Eurocopter. Le premier appareil sera livré fin 2011 et le chantier durera en moyenne un an par machine pour s’achever en 2015.
La formation initiale des pilotes d’hélicoptères à l’EAALAT de Dax va être externalisée. Le contrat signé par la DGA porte sur une durée de 22 ans pour 22000 heures par an. Le montant annuel sera de 22 millions d’euros. Le groupement retenu (DCI et Proteus Hélicoptères) mettra en œuvre 36 EC 120 à la place des 54 Gazelles actuelles. L’EC 120 nécessite une heure de maintenance par heure de vol contre 4 pour la Gazelle. La mise en place de ce nouveau dispositif se fera de la fin 2009 jusqu’au début 2011. Les deux premiers hélicoptères arriveront à Dax en septembre 2009 pour la formation des moniteurs. Les études avaient débuté en 2003.
6 drones SDTI ont été déployés au Kosovo dès la mi-décembre pour surveiller les mouvements suspects liés à la proclamation d’indépendance de l’ancienne province serbe.
Les mitrailleuses ANF1 vont bientôt être remplacées par un armement de nouvelle génération acheté sur étagère.
Marine
Afin d’assurer la continuité de l’entraînement du groupe aéronaval privé de porte-avions pour cause de révision, une flotille composée de 6 à 8 Rafale et de 2 avions de guêt Hawkeye embarquera sur un porte-avions américain, l’USS Eisenhower, au cours du mois de juillet. Le parc de l’Aéronavale est passé de 278 appareils en 1997 à 232 en 2007.
La première session de formation des personnels sous-mariniers sur le nouveau missile nucléaire M51 s’est achevé fin 2007. L’objectif est de débuter les essais à la mer du M51 sur le SNLE Terrible à partir de 2010.
La Jeanne d’Arc a entamé à la mi-décembre sa 43° croisière.
Toulon a reçu les deux premiers pontons grues commandés en janvier 2007 au chantier Socarenam de Boulogne sur Mer. 3 autres engins sont ainsi attendus pour Brest et Cherbourg.
Armée de l’air
Le Centre National des Opérations Aériennes (CNOA) est désormais opérationnel au Mont Verdun près de Lyon. Il a été inauguré fin février par le Premier Ministre. Auparavant implanté à Taverny, le CNOA assure la permanence de la surveillance de l’espace aérien français ainsi que la conduite des opérations aériennes. Il est intégré dans le dispositif de l’OTAN via le programme ACCS (Air Command and Control System).
Dans le cadre de la prochaine loi de programmation militaire, l’armée de l’air souhaite remplacer ses 14 avions ravitailleurs KC 135 par 15 avions MRTT. L’A 330 est sur les rangs.
A partir du mois d’avril, 4 Mirages 2000-5 assureront pendant quatre mois la protection de l’Islande alors même que les avions russes sont de retour dans cette région. L’US Air Force avait quitté l’île en septembre 2006 mais relèvera le détachement français à partir de juillet.
3 Rafale F2 sont déployés en opération sur la base afghane de Kandahar.
Les 14 avions Hercules C 130 vont voir leur avionique rénovée pour un montant de 43 millions d’euros. Ils sont entrés en service depuis 1987 et devraient voler jusqu’en 2020-2025. Les Transall ayant plus de 20000 heures de vol commencent à être retirés d’Orléans pour être stockés à Chateaudun. 9 seront ainsi utilisés comme réservoir de pièces détachées pour les 55 restants. Le Transall a effectué son premier vol le 25 février 1963, il y a 45 ans…
Une vingtaine d’Alpha Jet destinés à l’entraînement avancé va être modernisée d’ici la fin 2010 par l’Atelier Industriel de l’aéronautique de Clermont –Ferrand.
Les 4 Boeing AWACS vont voir leurs systèmes de télécommunications rénovés pour un montant de 50 millions d’euros entre 2010 et 2011. Air France est en charge de ce contrat. Parmi les nouveaux instruments, il faut souligner le montage de radios PR4G pour établir les communications tactiques avec les unités de l’armée de terre.
Gendarmerie
La Région de gendarmerie du Languedoc-Roussillon a signé un protocole de coopération avec la 7° zone de la Guardia Civil espagnole en Catalogne afin de renforcer le travail transfrontalier.
Les véhicules secondaires VS Citroën Berlingo 4x4 ont commencé à être livrés fin 2007. 348 VS ont été commandés pour 2008.
En 2007, 2203 unités logements ont été mises en chantiers contre une moyenne de 500 entre 2001 et 2004.
Service de Santé
Le Service de Santé fête cette année son tricentenaire.
En 2007, le SSA a engagé en permanence environ 420 personnels pour assurer le soutien sanitaire en OPEX. Il dispose désormais d’un kit de médicalisation pour équiper un KC 135. Ce dispositif appelé « Morphée » est stocké à Istres et peut être installé très rapidement à bord des Boeings. Il répond à un besoin opérationnel constaté lors de l’attentat de Karachi contre les personnels de la DCN et lors du bombardement de Bouaké.
Industries de défense
Début janvier, le prototype de l’avion A 400M est sorti du bâti d’assemblage. Cependant, les difficultés techniques sont au rendez-vous et le premier vol n’est pas attendu avant la fin de l’été, voire octobre selon le DGA. Les essais en vol du moteur devraient débuter en avril. Le retard aurait coûté à EADS environ 1,4 milliards d’euros. Les livraisons pour l’armée de l’air devaient débuter à l’automne 2009 et ne commenceront donc pas avant la fin 2010.
DCNS va moderniser les systèmes de combat des deux sous-marins de l’Equateur livrés en 1977 et 1978 par l’Allemagne. Cette rénovation se fera au Chili. Par ailleurs, DCNS va désormais travailler pour la construction du réacteur nucléaire de troisième génération EPR. Sur le plan du nucléaire militaire, Cherbourg a livré à Cadarache au CEA la cuve pour le réacteur d’essais du futur SNA Suffren. Cependant, l’absence de commandes importantes en 2007 à l’exportation va entraîner la suppression de 300 emplois par le non remplacement de départs à la retraite. La concrétisation de commandes annoncées au deuxième semestre 2007 lors de visites officielles n’est pas attendue avant deux ou trois ans.
Panhard a prévu de de produire 600 véhicules blindés en 2008 contre une centaine en 2005. Le chiffre d’affaire du constructeur a atteint 100 millions d’euros, soit une augmentation de 40 % en 3 ans.
Les commandes à l’exportation ont atteint 5,5 milliards d’euros en 2007. En 2006, le montant atteignait 5,7 milliards.
Europe de la défense
Le Royaume-Uni engage des crédits pour étudier la faisabilité d’un canon de 155 mm destiné aux futurs navires de la Royal Navy. Afin de renforcer ses capacités de projection, Londres a commandé un sixième avion de transport Boeing C 17 livrable cette année. Par ailleurs, la cible de sept sous-marins nucléaire d’attaque du type Astute a été confirmée.
La réflexion a débuté sur la nouvelle génération de SNLE (SSBN) pour remplacer les 4 SSBN de la classe Vanguard admis au service actif entre 1993 et 1999. L’objectif est de 3 ou 4 sous-marins à partir de 2024.
Malgré les difficultés budgétaires, le programme des deux porte-avions CVF se poursuit. Ainsi, 250 ouvriers des chantiers navals du Nord-Est vont être transférés à Barrow pour la construction des coques. Simultanément, les 80000 tonnes d’acier nécessaires viennent d’être commandées pour un montant de 65 millions de Livres ainsi que les équipements en fibre optique pour 3 millions de Livres.
Par contre, le programme du futur véhicule de combat de l’infanterie (projet FRES) auquel le VBCI de Nexter est un prétendant, est repoussé de deux ans. La date de mise en service est désormais fixée au plus tôt à 2014.
L’Italie a reçu son premier hélicoptère NH 90 TTH fin décembre pour son armée de terre. 5 ont déjà été livrées sur un total de 60 appareils. A Gênes, la première tôle de la première frégate FREMM italienne a été découpée début février. La FREMM française, tête de série, est entrée en construction au printemps 2007 à Lorient.
De fortes inquiétudes pèsent sur la défense italienne avec des réductions envisagées de 20 à 30000 personnels. De facto, l’Armée de terre serait inférieure en effectifs aux Carabinieri.
La Norvège et le Danemark limitent le nombre de modèles pour concourir au renouvellement de leurs avions de combat F 16. Restent en compétition l’américain F35 JSF construit par Lockheed Martin et le suédois Gripen JAS 39. Eurofighter s’est retiré en raison d’un cahier des charges trop favorable au F35.
La disponibilité des avions de transport de la Belgique atteint à peine 50% en ce début 2008.
Cette difficulté n’épargne aucun pays européen. Ainsi, les hélicoptères britanniques connaissent un taux relativement faible notamment pour les Apache dont la disponibilité ne dépasse pas 38%. Sur 538 machines à voilure tournante, seules 206 seraient disponibles immédiatement.
Bruxelles réfléchit également sur ses futurs blindés. Le changement politique récemment intervenu et la nomination d’un nouveau ministre de la défense incitent l’etat-major à revenir sur le choix du canon qui devait équiper les Piranha II commandés en janvier 2006. Le canon de 90 mm est ainsi jugé trop faible, tactiquement et « politiquement », et pourrait être remplacé par un canon de 105 mm, renforçant de facto la puissance des unités blindées amenées à être projetées.
En Espagne, le constructeur naval Navantia a entamé la construction du deuxième sous-marin espagnol de la classe S 80.
Le premier bâtiment devrait être admis au service en 2013. Initialement, les S 80 devaient dériver du Scorpène franco-espagnol mais le rapprochement hispano-américain en 2003 s’était traduit par une alliance entre Navantia et Lockheed Martin pour construire les S 80 alors même que Navantia travaillait avec DCNS sur les Scorpène. Aujourd’hui, DCNS souhaite couper les liens avec Navantia qui a finalement acquis des compétences au détriment de l’industriel français.
Le Portugal souhaite renforcer les capacités de son armée de terre avec l’achat de 240 véhicules Pandur 8x8 au profit de sa brigade d’intervention. Simultanément, 37 chars Léopard 2A6 seront rachetés d’occasion aux Pays-Bas pour remplacer les vénérables M60A3 américains et les pièces d’artillerie de 155mm seront modernisées avec des composants américains. Par ailleurs, les 5 avions de patrouille maritime P3C Orion seront rénovés par Lockheed Martin pour un montant de 141 millions de dollars.
Des chasseurs Grippen de l’armée de l’air suédoise ont effectué des tests de ravitaillement à Istres avec un avion KC 135 français. 17 vols ont été réalisés. Ces essais visaient à vérifier l’interopérabilité des avions Gripen avec les systèmes de l’OTAN.
La Suisse lance le programme de renouvellement de ses avions de chasse Northrop F5. 57 F5 sont encore en service. 110 appareils avaient été livrés à partir de 1978. 11 avions ont été perdus tandis que 30 F5 ont été revendus à l’US Navy. Les besoins sont estimés entre 20 et 30 appareils pour avoir, à l’horizon 2015, 60 avions de combat de première ligne. 4 candidats sont sur les rangs, le Gripen suédois, le F 18 Super Hornet américain, l’Eurofighter et le Rafale. Les achats devraient débuter en 2010.
La Grèce envisage la même opération pour remplacer ses vénérables A7 Corsair et F4 Phantom. Une quarantaine de chasseurs devraient être commandés. Dassault espère enfin placer le Rafale sur ce marché où le niveau opérationnel requis est très élevé en raison de la relation complexe avec la Turquie.
* * *
Le printemps va être chaud. Chaud sur les théâtres comme l’Afghanistan, le Darfour, l’Irak, le Liban,… Les élections législatives en Iran seront également décisives dans la course au nucléaire dans la région du Golfe. La Russie, l’Inde et la Chine se redonnent les moyens militaires pour redevenir des puissances stratégiques majeures. Pendant ce temps là, en Europe, on pourra estimer nos forces en les comparant aux stades de foot, les nouveaux enjeux de puissance. Telle armée pourra entrer dans sa totalité au Stade de France ou au stade Vélodrome. Seul problème, on peut démanteler très vite un système de défense. Il faut par contre des années pour le reconstruire. On a les ambitions que l’on mérite. Bonne lecture …du Livre Blanc…
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Souvent, de jeunes royalistes ou patriotes que nous sommes amenés à rencontrer nous disent « ce que vous dîtes, ce que vous faîtes est bel et bon mais vous autres de l’Action française vous êtes “orléanistes”… » et là de nous faire part de leurs arguties juridiques concernant la dévolution de la couronne, des griefs contre les droits des princes de la Maison de France, de leurs “moeurs” (drames familiaux, affiliation supposée à la maçonnerie, alliances ou amitiés avec tel ou tel…) qui leur interdiraient de soutenir le combat pour l’instauration d’une monarchie capétienne selon les définitions du royalisme français.
Une précision et une réponse sur la nature exacte de notre combat, sur sa stratégie et ses fins s’imposent.
Une précision:
Nous ne sommes pas “orléanistes”. L’orléanisme est un courant politique disparu qui constituait un compromis historique entre d’une part le libéralisme philosophique, les “idées” de 1789, des points de vues politique (l’héritage institutionnel et législatif de la Révolution, du Directoire et de l’Empire) et économique (le “laisser faire et laisser passer” pour seule politique, le règne de l’argent-roi, c’est-à-dire la loi du plus fort) et un candidat, Louis-Philippe d’Orléans, descendant de Philippe-Egalité et héritier de sa sensibilité politique.
L’AF a toujours considéré que pour ce qui concernait l’époque qui avait précédé sa création, le prince légitime et la politique conforme à ses voeux d’une monarchie capétienne, traditionnelle, antiparlementaire et décentralisée était incarnée par le légitimisme groupé autour du Comte de Chambord. L’AF a toujours été légitimiste tant au sens de la dévolution de la couronne suite au décès sans enfant de Chambord, qu’au sens politique. Elle incarna à son tour le royalisme social, anti-libéral, contre-révolutionnaire, “anti-orléaniste” en un sens. Lorsque le Comte de Chambord s’est éteint, ses droit sont passés sans difficulté juridique à ses neveux, les Orléans, qui dans l’intervalle avaient abandonné leur “orléanisme” philosophique, politique et économique.
La “querelle” entre les partisans des princes espagnols et les royalistes français ne saurait s’exprimer dans les termes du XIXeme siècle sans en travestir profondément les enjeux.
C’est ce que reconnaissent volontiers des personnalités néo-légitimistes comme Yves-Marie Adeline.
L’ignorance de ces faits conduit beaucoup de jeunes sympathisants de la cause royale à se fourvoyer dans un purisme sans objet, et le plus souvent à ne rien faire.
Hormis une fidélité de principe à la Maison de France, l’AF compte de nombreux camarades et responsables, dont les attaches, les fidélités vont aux descendants de Louis XIV qui régnèrent sur l’Espagne avant d’être bousculés par les alphonsistes (« orléanisme » espagnol), la guerre civile et la “restauration” fort discutable opérée par le Général Franco.
Nous n’avons jamais manqué à la loyauté qu’exige cette camaraderie de combat au sein de l’AF, ni jamais manqué de respect à tous les descendant de nos augustes monarques.
Une stratégie susceptible de faire de ces querelles oiseuses des querelles éteintes.
Nous ne sommes pas des royalistes désireux de restaurer la monarchie pour elle-même. Nous n’idolâtrons pas la monarchie comme le seul régime possible, universel, intangible.
Nous considérons que la monarchie est le meilleur régime pour la France et en un sens le seul régime possible pour son bien et sa pérennité, parce qu’il est le seul à pouvoir la maintenir et l’enrichir dans son unité et sa diversité. Nous sommes royalistes parce que nous voulons restaurer la France par la monarchie capétienne. Notre combat et un combat pour la France.
Le seul combat possible d’ailleurs. Car à la différence de celui des nationaux-républicains de droite ou de gauche il nous paraît évidemment impossible de restaurer la France sans graver dans le marbre de la durée institutionnelle cette renaissance toujours fragile. Ce qu’un gouvernement peut faire de bien un autre peut le défaire. Il faut pour nous prémunir du déclin par des institutions qui garantissent la réforme dans sa durée. D’autre part aucune réforme ne sera possible si elle est constamment soumise au suffrage, à l’opinion, au règne de l’argent, des lobbies ou des communautarismes, à l’intoxication des médias ou aux pressions de l’étranger.
C’est pourquoi nous sommes des « nationalistes intégraux » , c’est à dire nous combattons pour la France par le roi.
Et ce combat pour la France peut fort bien agréger des gens de confessions différentes ou sans confessions mais de « bonne volonté » comme dit l’Evangile, de fidélités dynastiques différentes, mais qui toutes combattent sur le chemin du retour de la France, contre tous ses adversaires et ses ennemis, à commencer par le désamour de la France et des Français qui trop souvent frappe jusque dans nos rangs.
C’est pourquoi nous appelons de nos voeux la jonction de tous les royalistes, et au-delà, de tous les patriotes et si Dieu veut de tous les Français pour que France vive, pour que France renaisse.
Le combat qui est devant nous est immense, les forces qu’il met en jeu sont colossales.
Le roi est là pour nous unir, ne laissons pas la question des princes nous diviser tandis que le combat requiert une union sacrée des royalistes pour constituer l’avant-garde du Parti de la France.
Sébastien de Kererro, secrétaire général adjoint du Centre Royaliste d’Action Française.
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Jean Raspail est un ancien membre du Conseil national du Parti des forces nouvelles (PFN), où il était rédacteur à Initiative nationale. Il est depuis sympathisant du mouvement royaliste Restauration nationale. Jean Raspail est également consul général du Royaume d'Araucanie et de Patagonie. Il écrit parfois dans Le Figaro.
Son œuvre phare reste Le Camp des Saints, paru en 1973, dans lequel l'écrivain décrivait la submersion de la France par l'échouage sur la Côte d'Azur d'une flotte de bateaux en ruines venus d'Inde, chargés de réfugiés. De l'incapacité tant des pouvoirs publics que de la population à réagir face à cette invasion, pacifique, mais lourde de conséquences pour notre civilisation déjà ancienne, Raspail a tiré une farce tragique aux accents prophétiques. 30 ans après, il en fit une autocritique[1] remarquée dans Le Figaro.
Un certain nombre d'ouvrages évoquent également la Patagonie, à travers l'affirmation du royaume de Patagonie et d'Araucanie par Orélie-Antoine de Tounens, avoué de Périgueux, dans la seconde moitié du XIXe, tout autant que dans l'évocation de l'histoire et du destin tragique de ces régions du bout du monde. En 1984, l'écrivain débarqua aux Minquiers pour y faire flotter le drapeau du Royaume de Patagonie.
Il postula à l'Académie française en 2000 et recueillit le plus de voix[2], sans toutefois obtenir la majorité requise pour être élu au siège vacant de Jean Guitton.
Voici son interview publiée dans Valeurs actuelles :
Je suis devenu royaliste par raisonnement D'abord parce que le roi incarne la nation. Le roi est le ciment moral, la colonne vertébrale de la nation. Ensuite parce qu'il existe un lien sacré dans le principe royal. La formule "roi par la grâce de Dieu" est souvent mal comprise. Elle veut simplement dire que la grâce de Dieu, dans la mesure où l'on y croit, est sur le roi en raison de la irresponsabilité immense ' qu'il a. Je trouve ce lien sacré, entre quelque chose qui nous dépasse et nos réalités terrestres, extrêmement réconfortant. Pour ma part, je préfère croire au principe royal et à quelqu'un qui dépend, si peu que ce soit, de la divinité, plutôt qu'à un homme qu'on élit tous les cinq ans, qui change et qui, à mes yeux, n'est absolument pas représentatif.
Reste à savoir si le retour du roi est encore possible. La situation de la France n'est pas la même que celle de ses voisins européens, dont beaucoup vivent très bien en monarchie. Nous avons connu 1789, nous vivons une coupure totale depuis 1848. Le peuple français n'est plus le même du tout. Il a complètement changé, surtout depuis les trente dernières années. Je ne me demande pas si le roi peut revenir. Je me demande si le peuple peut encore vouloir le retour du roi... Et pourtant, la République semble toujours se défendre. Les hommes politiques parlent de la République au lieu de parler de la France, et ne peuvent faire un discours sans y mettre plusieurs fois le mot "républicain". Les lois sont républicaines, tout est républicain. Comme si la République était menacée alors qu'elle est acquise. Je pense que l'héritier doit d'abord s'occuper de la frange, relativement importante, de la population qui est encore apte à concevoir le retour du roi, à le recevoir, à l'accepter et même à le préparer : les royalistes mais aussi tous ceux, nombreux en 1 France, à qui le retour du |roi ne déplairait pas. Beaucoup ne sont pas royalistes pour autant, mais ils constatent l'épuisement d'un système et seraient prêts à essayer autre chose. Je m'en suis rendu compte en m'occupant du bicentenaire de la mort de Louis XVI, en 1993. Il est peut-être nécessaire de moins s'occuper de la grande partie des Français qui ne sont pas prêts à envisager et comprendre un tel changement. Après tout,les Capétiens,les Valois, Louis XIII sont allés à la castagne en s'opposant à certains de leurs sujets ! L'héritier a devant lui un pré carré, constitué des Français qui peuvent l'entendre. C'est de ce pré carré qu'il doit s'occuper activement pour réunir tous ceux qui peuvent encore l’être.
Propos recueiîlis par
BENEDICTE FOURNIER
in Valeurs Actuelles19 janvier 2007
21:55 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'homme et sa nationalité
Les organes de large unification, les créateurs de grandes nationalités, ce ne sont pas les personnes, leur troupeau immense de petites volontés autonomes. Celles-ci bornent leur champ à l'intérêt particulier de chacune d'elles et à celui, tout limitrophe, de la famille qui est le « prolongement » de soi. C'est tout ce que l'on peut demander au citoyen librement consulté. En histoire, tout le surcroît vient d'une race d'êtres bien différente, il vient de la petite poignée des chefs : fondateurs, directeurs, organisateurs.
Ils ont perfectionné une vie sociale supérieure à la vie individuelle. Ôtez, supprimez ces cadres améliorés par eux, détruisez leurs fondations, essayez de tout ramener à « l'individu ». donnez tout au Nombre, enlevez tout à la Qualité et vous verrez naître des formations nouvelles qui vaudront juste ce que vaut la moyenne personnelle. L'Italie vaut mieux que les personnes composant le peuple italien, de même que la France vaut mieux que nos Français ; mais c'est que ni notre France, ni l'Italie n'ont eu pour principe générateur le suffrage universel et le régime égalitaire. L'une et l'autre reposent sur des générations de maîtres, de héros et d'artistes, de demi-dieux et de saints.
Il est vrai que la nationalité n'est pas un phénomène de race. Il ne s'ensuit pas qu'elle soit le résultat artificiel d'un acte de volonté contractante. Sans doute, et avec une certaine liberté, nous adhérons à notre race, à notre nationalité, à notre nation, mais on adhère comme on consent, de la façon la plus tacite, et l'adhésion est sollicitée, elle est emportée par une multitude de forces bienfaisantes, aimées et chéries contre lesquelles nous ne sommes même pas en garde et que nous subissons de tout cœur 9 999 fois sur 10 000.
Entre la Nature brute, celle qui est entendue au sens strict et direct, et l'artifice, juridique ou autre, issu de la volonté plus ou moins arbitraire de l'homme, il existe un intermédiaire que l'on pourrait appeler une seconde nature : la Société. La vie sociale fait essentiellement partie de la nature de l'homme, lequel ne peut absolument pas exister sans elle. La nationalité est une modalité de cet état naturel. On peut l'appeler un fait social. Il n'est point aussi rigoureusement nécessaire pour l'homme que le besoin de vivre en commun. On ne peut pas échapper à ce besoin, ni à la société qui le satisfait, au lieu qu'on peut changer de nationalité et même profiter de la diversité des nations pour vivre plus ou moins en marge de toute nationalité.
La nationalité dérive donc de la nature humaine définie et qualifiée par la société. Loin de figurer le simple vœu de notre volonté personnelle, elle correspond à une masse énorme de désirs, de passions, de besoins, d'aspirations, de coutumes, de mœurs, de manières d'être, de penser, de parler, qui va souvent jusqu'à modeler le physique et dans laquelle la conscience réfléchie et la volonté délibérée des personnes jouent un rôle qui peut être le premier, mais qui ne l'est pas toujours, ni le plus souvent.
Pour s'en convaincre, il suffit de considérer deux cas : réduite à elle même, la formule juridique de l'idée de nation se détruit, c'est le ubi bene, ibipatria : si la patrie est où l'on est bien, là où l'on est bien est aussi la patrie ! Au contraire, dégagée d'ornements juridiques, l'idée de nationalité, telle que nous venons d'en montrer les composants naturels, sociaux, historiques, tient parfaitement debout ; on peut la décorer et la polir encore, pourtant le principal y est...
La double épreuve juge la valeur des conceptions en présence.
Charles MAURRAS. Mes Idées politiques. L'Age d'Homme 2002. n. 283-284
20:50 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Au nationalisme pessimiste, le royaliste Charles Maurras est bien la figure de l’homme debout ; celui qui refuse le désespoir et le défaitisme historique en estimant qu’une espérance collective ne peut pas être domptée.
Héros du refus du déclin, Maurras l’est indiscutablement, lui dont le polémiste Léon Daudet écrit qu’il « ignore la déconvenue, le recul, ou le temps d’arrêt. Sans cesse il avance vers son but, du même pas décidé, entraînant son monde derrière lui ». Ainsi se dégage l’image d’un homme d’action et de combat. Un combat de toute une vie qui à plusieurs reprises inquiétera la démocratie, « Trente-cinq ans de controverses et de discutions qui aboutirent à l’émeute toutes les fois qu’il le fallu » (1943).
Pour une telle destinée il faut du courage et Maurras n’en est pas avare. Par ses multiples duels, par ses séjours en prison (9 ans), par sa témérité insolente face à ses juges - jouant sa tête devant le procureur Mornay - auquel il réplique : « Si c’est face, grand essor de nos idées. Pile ? Plus grand essor de nos idées arrosé de mon sang» (1945).
Théoricien de l’action
Maurras délimite donc la juste frontière entre ceux qui n’acceptent que de vivre du nationalisme et ceux qui acceptent de mourir pour lui. Ainsi peu à peu se dessine le véritable portrait de Maurras, fort peu conforme à l’idée que ses détracteurs de droite cherchent à imposer. Cet intellectuel avec son goût suprême de la provocation a quelque chose de fringant dans ses attitudes. Maurras triomphant de François Crucy à l’épée de combat en juillet 1904 et confessant encore en 1943 son amour du fleuret et de la planche des salles d’armes; qu’on est loin de la caricature du vieillard desséché mise en forme par le célèbre critique musical Lucien Rebatet. Ainsi Georges Sorel a-t-il raison d’affirmer que « tes véritables ennemis de Maurras sont à droite ».
Sorel et Maurras sont les deux intellectuels français du XX siècle qui placent l’action au coeur de leurs préoccupations. Mais alors que le philosophe du syndicalisme révolutionnaire théorise la violence, le royaliste lance les travaux pratiques sur le pavé parisien. En 1943, à l’hiver de sa vie, Maurras explique que « le thème des réflexions sur la Violence avait donc été pratiqué et professé par nous vers cette même époque où Georges Sorel les mettait par écrit. Mais - grave différence - notre violence était au service de la raison ».
De là, toute la distinction entre les deux hommes. Pour Maurras la violence n’est pas cette tension qui perpétue l’homme. Le résultat y compte plus que l’effort.
Le rénovateur du royalisme se fait une trop haute opinion de l’action pour la galvauder dans une quelconque agitation pseudo révolutionnaire. Ce qui l’intéresse dans l’action c’est bien entendu le sérieux qu’on y apporte mais surtout l’importance du but qu’elle se propose. Il est clair que la violence n’est pas pour lui cette activité physique à laquelle on pense spontanément, mais surtout cette attitude de détermination au caractère mobilisateur. Comme Sorel il pense qu’il ne faut pas confondre la violence avec des brutalités sanguinaires qui ne riment à rien. La violence terroriste est le fait d’hommes incertains, faisant preuve d’un aveuglement dans l’action qu’on aurait tort de prendre pour de la décision.
Chez Maurras la violence est la manifestation d’une volonté qui fait savoir qu’elle ne reculera devant rien pour s’imposer : aussi rejoint-il Sorel qui pense que « la vraie violence c’est ce qui est nécessaire pour aller au bout de ses idées ».
Une stratégie
Ainsi la violence maurrassienne, c’est l’idée en acte et l’affirmation que les doctrines qui se constituent en dehors de l’action ne sont que de creuses spéculations. Dans le Figaro du 13 septembre 1901 Maurras écrit : « Nos calculs tendent à l’action. Il est vrai qu’ils ne tendent qu’à l’action utile. Tenant à refaire la France et voyant que la France ne pourra se refaire que par la monarchie, nous prenons les moyens de refaire la monarchie ». Par la suite il précise qu’il faut dans un premier temps constituer un état d’esprit royaliste pour, dans une seconde étape frapper un coup de force afin d’établir la monarchie traditionnelle, fédérative et nationale. Ce coup de force est légitime, puisqu’il brise un régime dont toutes les pénsées tendent à déraciner le peuple français. Ce coup de force est nécessaire, car il est impossible d’en finir autrement avec ce régime qui, tenant les unies, ne les lâchera pas.
En décembre 1907, le thème du premier Congrès de la Ligue porte sur la prise de pouvoir. Le numéro de janvier 1908 de la Revue comporte le texte complet du futur opuscule Si le coup de force est possible que Maurras joint en annexe de sa “bible” : l’Enquête sur la monarchie. L’année 1908 donne également le jour aux Camelots du roi ainsi qu’au journal quotidien et cette période, loin d’être la fin de l’âge d’or du maurrassisme, doit être véritablement considérée comme l’année de toutes les audaces.
De ses articles au Soleil (1899), en passant par l’Enquête sur la Monarchie (1901), l’Avenir de l’intelligence (1905), le premier congrès d’A.F (1907), mais aussi dans l’A.F quotidienne (1925), au Signe de Flore (1933), sans oublier La Contre-révolution spontanée (1943) et jusqu’à sa correspondance de la prison de Clairvaux ( 1951 ).
Pour être le seul penseur politique français à formaliser une théorie du coup de force, Maurras, tout au long de sa vie, ne cesse d’offusquer les imbéciles et les tièdes. “La Recherche, la Discussion, l’Emeute” martèle la méthode maurrassienne. La pensée du lutteur royaliste est vigoureuse, l’air y est vif. Trop vif pour les monarchistes mollusques et les faux durs du nationalisme.
C’est pourquoi à toutes les époques Maurras doit faire face à un double procès. D’abord celui intenté par les lambineurs de son propre camp qui s’inquiètent d’une restauration qui ne passerait pas par les urnes. Á ceux-là le conspirateur royaliste rappelle que « la fabrication du royaume de France, si elle comporte des chansons de geste et une légende sacrée, comporte aussi des éléments de force et d’audace… », car les monarchistes libéraux oublient trop facilement que les prétendants capétiens placent régulièrement -et certainement trop exclusivement - leurs espoirs dans l’action d’hommes d’armes (le maréchal de Mac Manon pour Henri V, le général Boulanger pour Philippe VII et le général De Gaulle pour Henri VI). Les lambineurs sont par ailleurs clairement désavoués par le jeune comte de Paris (Henri Vf) qui estime, en ce début crucial de l’année 1934 : « Nul doute que à bout de souffle le régime pouvait être renversé. Il suffisait de tenir la rue. L’Action française y régnait en maître. Alors, se décidait-elle ou non ? » (Mémoires d’exil et de combat - 1979). Elle se décida ! Et seule la défection des mollassons fit échouer l’insurrection royaliste. Double défection. Celle du préfet de police Chiappe qui refuse de « marcher » malgré les contacts privilégiés établis par Maxime Real del Sarte et celle des « honnêtes gens » qui trop soucieux de légalité reculent alors que l’Hôtel de Ville est tout juste à un jet de pierre .
Les éternelles critiques
En fait Maurras n’exclue pas la voie légale mais doute de ses chances de réussite. Il se souvient qu’en 1871 les monarchistes, bien que très largement majoritaires au parlement (400 monarchistes, 200 républicains, 30 bonapartistes), ne sont pas parvenu à restaurer le régime royal auquel le pays réel aspire alors.
Toujours dans son propre camp Maurras fait face aux impatients qui confondant action et agitation finissent leur course dans la diaspora des aigris de la dissidence ( la Cagoule, Je Suis Partout ). Paradoxalement ceux qui critiquent Maurras et parlent d’Inaction française sont souvent des hommes de lettres qui, à force de textes rancuniers, parviennent à faire croire à un « écart entre la position théorique de Maurras sur le coup de force et son attitude pratique devant le régime » (Paul Sérant - Les dissidents de l’Action française - 1978). Sont-ils en mesure de comprendre l’ampleur et sa ténacité de la conspiration maurrassienne, ceux qui négligent les six ligueurs morts lors de l’émeute populaire de février 34 ? Le valet de chambre Aufschneider, le musicien Costa,Lecomte l’ouvrier de chez Renault, l’industriel Roubandi, enfin Liévin et Lalande décédés de leurs blessures. Est-ce là les vieilles marquises et les adolescents boutonneux dépeints par les détracteurs du royalisme ?
Le complot permanent
Comment ouvrir les yeux des obsédés du pronunciamiento qui reprochent à Maurras d’avoir passé la nuit du 6 février à l’imprimerie du journal ? Peut-être en rappelant que durant les journées d’émeute de la révolution bolchevique d’octobre 1917 , Lénine avait fixé son poste de commandement dans l’atelier de la Pravda. Lénine et Maurras dont l’historien communiste Jean Ellenstein. dans un entretien avec l’académicien maurrassien Thierry Maulnier (1979), explique que « l’approche méthodologique était un peu la même. Maurras a creusé la vallée où s’est engouffrée la pensée léniniste ». Les maniaques du putsch perçoivent-ils la cohérence de la stratégie pratiquée entre 1905 et 1913 ? Stratégie basée sur la conjonction de deux mouvements contradictoires. Celui de la réaction virulente des deux forces sociales conservatrices que sont l’Eglise (l’affaire des inventaires 1905) et l’Armée (l’affaire Dreyfus 1906). Ensuite celui de la révolte contre l’État républicain de deux forces sociales montantes que sont les fonctionnaires (grèves de postiers 1909) et l’anarcho-syndicalisme (charte d’Amiens 1906). Á l’époque la Presse régimiste et celle des bien-pensants prend cette affaire très au sérieux. On y parle du “complot de la santé” fomenté par les réactionnaires et les syndicalistes. Ce complot qui déstabilise la gauche républicaine et les conservateurs vole en éclat en 1913 lorsque l’anarcho-syndicalisme bascule dans le camp de l’anti-patriotisme et de l’anti-militarisme alors que l’A.F de son côté s’inquiète de plus en plus de la menace allemande. La préoccupation première des néo-royalistes devient alors le danger extérieur dont l’orage explose en août 1914.
Pendant la première guerre mondiale, Maurras, même s’il soutient le gouvernement d’Union sacrée (comme il le fera de 1939 à 1944 avec Daladier, Reynaud et Pétain), ne renonce pas à la prise de pouvoir pour après la Victoire. C’est pourquoi il importe de noter la convergence des faits qui jalonnent l’année 1917 alors que le gouvernement français entame des négociations secrètes avec l’allemagne.
Marius Plateau, réformé après une grave blessure, revient des tranchées plus déterminé que jamais à profiter de circonstances favorables dès que le “boche” sera vaincu. 11 établit des contacts privilégiés avec des membres de la sûreté nationale et de la préfecture de police, ainsi qu’avec un ancien ligueur (1912) devenu chef du deuxième bureau au gouvernement militaire de Paris de qui relève la sécurité de la capitale en raison de l’état de siège. Le tirage du quotidien passe de 19 000 numéros avant 1914 à 156 000 en 1917. Le mouvement crée deux courroies de transmission permettant de relayer ses mots d’ordres (la Ligue de la Guerre d’Appui et la Ligue de Défense Anti-allemande). En août les indicateurs de police signalent des contacts entre Plateau et certains dirigeants syndicalistes, tandis que Léon Daudet collabore avec les fonctionnaires patriote, avec la semi complicité du Garde des sceaux Peret.
Le gouvernement est alors sur la défensive et toutes les unités favorables à l’Action française sont l’objet d’une surveillance “spéciale”, en particulier les régiments de cavalerie stationnés aux environs de Paris. Lorsque Daudet obtient l’arrestation pour trahison de son vieil ennemi le dirigeant radical Caillaux, le premier ministre Painlevé ordonne une enquête sur les activités secrètes des royalistes et les accuse de complot contre la sûreté de l’État. Heureusement la popularité et l’habileté tactique protègent l’organisation de sanctions justifiées par les dossiers trouvés chez Plateau, et portant sur les opinions des officiers d’unité en garnison autour de Paris. L’alerte est chaude pour le pays légal qui se venge de sa grande frayeur en 1923, lorsque Marius Plateau est « opportunément » assassiné à coup de revolver par une « anarchiste ».
Avec Maurras, pas question d’attendre d’hypothétiques lendemains qui chantent dans le phantasme d’une Révolution Prolétarienne, Mondiale ou Européenne. Demain sera fait de ce que nous saurons en faire. Voilà pourquoi il ose imaginer autre chose que ce qui existe en terme de prise de pouvoir et d’organisation, et si l’A.F parvient à s’imposer auprès des “cols blancs” et de la jeunesse des écoles, c’est qu’elle invente de nouvelles techniques d’action. Maxime Real del Sarte lance la guérilla urbaine contre les juges et les policiers de l’État républicain, l’A.F est le premier mouvement politique, sous la direction de Georges Calzant, à occuper une faculté et à faire plier les mandarins de l’Université. Le menuisier Lucien Lacour giflant Aristide Briand et Maurice Pujo fessant le professeur Thalamas ne sombrent pas dans l’activisme d’attitude qui cherche à effrayer le bourgeois, mais ils inventent une nouvelle pratique, celle de la contre-révolution permanente.
Germain PHILIPPE
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« La plus inquiétante jeunesse est celle qui n’a pas d’opinions extrêmes. »
Henri Dieudonné d’Artois, comte de Chambord
21:25 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Une excellente initiative, à suivre de très près, à amplifier :
22:15 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Voici ci-dessous l’intégralité du communiqué de presse que les instances politiques de l’Action française ont fait parvenir en sa mémoire, à la presse :
Le journaliste, patron de presse et homme politique Pierre Pujo est décédé le 10 novembre 2007, à Paris, à l’âge de 77 ans.
Pierre Pujo était né le 19 novembre 1929 à Boulogne-Billancourt. Il était le fils de Maurice Pujo (1872 - 1955) qui, aux côtés de Charles Maurras (1868 - 1952) fut l’un des fondateurs de l’Action française. Elève de Science-Po sur les même bancs que Jacques Chirac, il rejoint les rangs des étudiants monarchistes. Militant pour la défense de l’Algérie française, directeur du mensuel AF Université puis de l’hebdomadaire Aspects de la France, il mène avec succès le combat pour le maintien de l’île de Mayotte au sein de la nation française à la fin des années 1970.
Pierre Pujo fut sa vie durant un soutien indéfectible des Princes de la Maison de France aujourd’hui incarnée par Henri, Comte de Paris, duc de France.
Alors que l’ensemble de la droite nationale se rapprochait du Front national, il tînt à préserver la spécificité et l’indépendance du courant royaliste français. A la fin des années 1990, il participa aux côtés du député français au Parlement européen Paul-Marie Coûteaux et du général Pierre-Marie Gallois à l’émergence du courant souverainiste en France. Lors des élections présidentielles de 2002 il apporta son soutien à la candidature de Jean-Pierre Chevènement. Jusqu’à aujourd’hui il fut le directeur du bimensuel royaliste Aspects de la France, rebaptisé L’Action française 2000.
Patriote fervent, amoureux de la France, la monarchie était à ses yeux la seule forme institutionnelle qui convient au pays.
Thibaud Pierre,
Secrétaire Général
13:10 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Cercle AFE ce vendredi sur le thème "actualité européenne"
Même lieu, même heure que la dernière fois.
Renseignements :afelille@gmail.com
16:33 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Nous l'avons déjà dit et répété, nous ne sommes pas les défenseurs du capitalisme. Le capitalisme est pour nous une création libérale qui non seulement désorganise l'économie et suscite des injustices mais qui, de plus, se trouve être le plus sûr soutien matériel de la Démocratie. Le capitalisme comme celle-ci instituent le triomphe de l'or détruisant la loi du sang.
notre anti-capitalisme est donc le corollaire obligatoire de notre action antidémocratique; il n'y a rien à voir avec une quelconque surenchère "sociale". Il ne faut pas le confondre non plus avec une attaque du capital, c'est-à-dire de la propriété privée. A l'instar de LA TOUR du PIN et de DRUMONT nous pensons que "le capitalisme est à la propriété ce que Caîn est à Abel". Le capitalisme est pour nous le plus désorganisateur des régimes économiques parce qu'il dissocie le travail du capital, le métier de l'actionnariat. Il aboutit à instaurer une rénumération du capital qui est une aberration puisqu'elle ne correspond à aucune réalité économique, à aucune production effective. Comme !'a dit LA TOUR du PIN, le capital n'est pas de la "force vive" c'est de la "matière inerte"(1) Ce que nous n'acceptons pas, c'est que des parasites sociaux, des laquais de la finance ou des naïfs conservateurs, viennent nous expliquer en quoi le capital travaille. Celui-ci ne travaille pas pour la simple raison qu'il n'est qu'un instrument,un outil, essentiel certes, mais qui, seul, n'effectue aucun effort, aucun labeur méritant plus qu'un simple prix de location.
Pourquoi, dès lors, est-il rémunéré ? Il l'est parce que la première oeuvre du capitalisme, celle que nous ne lui pardonnerons pas, a été de dissocier la main d'oeuvre de la propriété. Capital et travail étant disséqués; le capital, nécessaire à toute entreprise, a organisé le plus monstrueux des chantages consistant à dire : "si tu ne me rémunères pas, je n'investis pas !" C'est sur ce véritable chantage que se sont constitués les immondes empires financiers du XlXème siècle, les insupportables privilèges bancaires que les catholiques sociaux puis les socialistes s'acharnèrent à combattre.
C'est la Révolution française, cette révolution archi-bourgeoise et ultra-capitaliste, qui est donc la responsable de cette jungle économique dont certains tirent profit impunément. Après avoir interdit l'association des travailleurs en 1791 (2) elle ouvrait la voie au monopole de l'investissement privé et à la concentration financière. Les socialistes conséquents ne manquèrent pas de le voir et de perdre tous leurs vieux idéaux quatre-vingt-neuviens. C'est PROUDHON qui fulmine contre le contrat social, "code de la tyrannie mercantile et capitaliste". C'est SOREL qui dénonce la "démocratie mas de cocagne des financiers sans scrupules". Et si les socialistes actuels si peu proudhoniens et si peu soreliens, s'apprêtent à commémorer le bicentenaire de la Révolution, c'est bien parce qu'eux aussi sont des pions du système démocrato-capitaliste. 0 certes, ils n'aiment pas le capitalisme privé. Celui qu'ils vénèrent; c'est le capitalisme d' Etat, le bon collectivisme qui simplifie tout. Que celui-ci atrophie l'initiative, qu'il paralyse la production, qu'il bureaucratise et fonctionnarise l'industrie ne les gêne pas du moment que leur bel Etat Leviathan, superbe création hêgelieme, soit debout. Comme le dit LA TOUR du PIN : "Si l'on considère que le régime de l'Usure conduisait les hommes lentement à l'esclavage, il faut reconnaître que le socialisme les y précipite d'un coup."(3). tous voilà prisonniers dans la logique que nous impose le Système; ayant tué les corps intermédiaires, ayant aboli les corporations, les syndicats professionnels..., ayant vidé la Nation de sa moelle sociale; il n'a laissé que deux entités en présence : l'individu et l'Etat. La Cité reposera dès lors soit sur l'un soit sur l'autre. Individualisme ou collectivisme, il faut choisir. Ce sont les deux faces du Janus révolutionnaire.
Notre rôle à nous n'est pas de nous laisser berner par cette dialectique, ce dilemme républicain. Puisque nous nous voulons en dehors du système, restons-y pour combattre tous ses produits, tous ses piliers, tous ses rejetons. L'unique solution qui nous est offerte repose par conséquent dans la réassociation du capital et du travail, par leur réunification, leur recorporation au sein du métier. C'est la conception organique de l'entreprise que nous devons faire prévaloir. Le capital qui comme l'a montré LA TOUR du PIN était devenu "entre les mains des compagnies anonymes, collectivités impersonnelles à responsabilité forcement limitée mais à liberté illimitée, ... un instrument de spéculation"(4) devra redevenir ce qu'il est, un instrument de travail loué mais non rémunéré. Nous savons que l'investissement privé baissera, mais c'est l' investissement corporatif et syndical qui prendra sa place grâce aux caisses et aux organismes de crédit que chaque branche d'activité nourrira.
Risques d'étatisme ? Non si nous respectons cette "grande pensée" de SOREL dont nous a parlé Georges VALOIS qu' "en matière d'organisation sociale, les.constructions sociales doivent naître et croître d'elles-mêmes et que rien n'est plus dangereux et plus fou que d'en déterminer la structure à l'avance, ou que de les faire naître artificiellement de l'esprit". VALOIS ajoutait : "c'est ainsi que ceux d'entre nous qui appartiennent à l'Action Française conçoivent l'organisation française sous la monarchie"(5). Ce programme que seul un roi pourra inciter, favoriser, protéger et arbitrer a toujours été celui de LA TOUR dû PIN, comme de MAURRAS, de VALOIS, BACONNIER ... Il n'est pas loin non plus du "mutuellisme" proudhonnien, auquel il manquait cependant le roi fédérateur.
Ce programme de salut public, à un moment où les systèmes économiques classiques se désagrègent; nous le faisons notre. Voilà pourquoi quand nous partons par une fiévreuse veillée coller nos affiches et peindre nos slogans sur les murs décrépis des usines, quand nous lançons notre anthème contre le capitalisme privé et le capitalisme d'Etat, ce n'est pas par ouvriérisme démagogique ni par sentimentalisme romantique, c'est parce que nous savons que ces systèmes odieux doivent être abattus pour que renaisse l'ordre social français et que vive la Monarchie.
N P
1) René de LA TOUR du PIN. Ou capitalisme. 1889.
2) Loi le CHAPELIER supprimant les corporations et jurandes.
3) LA TOUR du PIN. Jalons de route, p.86
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