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24.03.2007

Sarko révisionniste?

En république française, l’élection du chef de l’Etat donne lieu à un spectacle qui approche le degré zéro du Politique. Après s’être assurés le soutien de leur famille traditionnelle, les différents candidats doivent “rassembler“. Rassembler qui ? Tous les Français. Autant dire que la tâche est rude.
Pour ce faire on assiste à la fois à une débauche tous azimuts de promesses clientélistes et à un estompage progressif des angles qui pouvaient paraître trop saillants dans les programmes ou propositions originels. En réalité plus on approche du pouvoir, moins on peut se payer le luxe de convictions ou d’opinions tranchées. Jacques Chirac, grande girouette devant l’Eternel, en est une pathétique illustration. Ainsi va le choix du chef de l’Etat au pays des Lumières. Chez M. Sarkozy comme chez ses concurrents, il y a donc à boire, à manger, et pour tout le monde! Demain on rase gratis: voilà ce qu’on nous promet en substance. Il est par conséquent impossible de lui accorder un quelconque crédit. Néanmoins, dans cette orgie démagogique, il est des points plus intéressants que d’autres. Et il faut avouer que la Terreur-de-Neuilly excelle en matière de séduction politicienne.

Par exemple lundi dernier sur France inter, lorsque pour nous expliquer que la France actuelle est une “synthèse”, il reprenait à son compte la citation de Marc Bloch : “Il y a deux catégories de français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims et ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération.”

On l’a dit, dans la bouche d’un candidat à la présidentielle, une telle citation n’a que peu de valeur. Nonobstant, accepter l’ensemble de l’histoire de France est bien un objectif vers lequel il faut tendre. Et nous royalistes, si nous critiquons la république et les méfaits qu’elle a pu commettre ou engendrés depuis sa naissance, ce n’est en aucun cas pour faire tabula rasa du passé, ou d’un certain passé. Nous ne vaudrions alors pas mieux que les idéologues de 1789 ou 1917 qui tentèrent de gommer d’un trait plusieurs siècles d’histoire monarchique. Notre pragmatisme nous conduit à défendre en 2007 une monarchie à la française. Le même bon sens nous interdit de prôner un retour intégral à l’avant 1789. Il faudra bien que le régime qui s’élèvera sur les ruines de Marianne V assume l’Histoire de France dans son entier.

Mais pour en arriver à citer Bloch, Sarkozy s’est empêtré dans une pseudo démonstration si ce n’est révisionniste,en tous cas franchement historiquement correcte: “La France c’est la république [….] l’unité de la France les Rois en ont rêvé, mais c’est la république qui l’a faite“. Première nouvelle !

L’agrégation de différentes provinces par la politique capétienne ne s’est pas toujours faite sans heurts, soit; mais elle avait le mérite de conserver aux nouveaux territoires et parfois pendant de très longues périodes un certain nombre de leurs prérogatives administratives et politiques. Là où le Roi était un principe fédérateur des diversités françaises, la république jacobine, une et indivisible, a voulu les anéantir dans une folie uniformisatrice. Monsieur Sarkozy, champion de la diversité et de la discrimination positive devrait le savoir, l’unité ce n’est pas l’uniformité de petits pions égaux juxtaposés!

Voila un régime qui est né dans un bain de sang entraînant la plus mortifère des guerres civiles que la France ait connues;
voila un régime qui a divisé et divise encore les Français entre droite, gauche, et leurs avatars, au point d’en déchirer les familles*;
voila un régime qui porte en lui intrinsèquement la désunion, la lutte de tous contre tous, l’opposition violente des factions sans arbitre pour tempérer leurs pulsions… est-ce cela l’unité ?

* Nicolas Bedos a déclaré récemment qu’il renie sa “fasciste” de grand-mère, sympathisante du Front National.

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