« la nouvelle campagne d'Action Française | Page d'accueil | l'AF dans Nord éclair! »
17.03.2007
Vauban est mort il y a 300 ans...
Castramétation, poliorcétique, voila autant de mots rugueux et barbares qui agressent le profane désireux de connaître l’art militaire de Vauban ! Certainement conséquences de notre temps, le nom est plus connu (quand il l’est…) que l’œuvre aussi vaste que variée : plus de 300 places fortes aménagées, 30 construites, des dizaines de siéges menés avec succès, le théoricien militaire, l’homme qui prend d’assaut les citadelles et l’architecte militaire, que de talents variés pour un même personnage !
Sébastien de Pestre, seigneur de Vauban, Frondeur au début de sa carrière fut très vite remarqué par Louis XIV, qui savait juger les hommes, et qui avait reconnu en lui le génie militaire. D’abord adjoint du commissaire aux fortifications de Clerville (dont le pouvoir devient dés lors réduit à peau de chagrin) en 1668 avant de prendre le titre en 1678 à la mort de ce dernier, on voit trop souvent en Vauban l’homme des citadelles sans voir les conditions que celui-ci dut réunir pour les construire. Afin de mener à bien les gigantesques chantiers qu’il avait planifiés avec le roi, Il avait compris qu’un corps compétent d’officier était nécessaire, préférant la qualité aux titres des postulants, faisant valoir l’expérience du terrain et les qualités humaines ce qui l’amena à créer le Génie en 1692. Au moyen d’épreuves de sélection aussi bien théoriques, par le biais d’un examen, que pratiques, les officiers postulants (officier =détenteur d’une office) ayant du faire leurs preuves au feu, un recrutement fut mis en place. Selon Vauban, l’Ingénieur militaire est doublé d’un homme d’action, comme il l’a prouvé lui même en participant à plus de 60 sièges. Il édicte d’ailleurs de nombreuses recommandations dans ce sens afin « qu’il n’ y ait point d’officier capable d’un peu de bon sens que je ne puisse rendre capable de la conduite d’une tranchée, d’un logement de contrescarpe, d’une descente de fossé, d’un détachement de mineurs… en 3 sièges un peu raisonnables ».Il est évident que le bâtisseur fait la part belle à l’expérience car « on ne fait pas de fortifications avec des systèmes, mais avec du bon sens et de l’expérience » .Malgré cette relative bienveillance, la sélection reste drastique (363 reçus de 1691 à 1715) et les pertes sévères (plus du cinquième des ingénieurs en activité sont tués au cours de la guerre de succession d’Espagne) .
Ce corps d’élite fut employé avec souplesse par son créateur au service du roi pour la construction de fortifications .On prête a posteriori à Vauban trois « systèmes » pour la construction de celles-ci qui sont en fait autant de cases dans lesquelles des esprits étroits ont voulu faire rentrer les différentes évolutions apportées à sa manière de bâtir des forteresses. En effet il n’est pas homme à s’enfermer dans des systèmes que l’on plaquerait aveuglement à toutes les situations, bien au contraire, il sait avec brio s’adapter à l’environnement géographique, au relief et aux réalités tactiques afin de « tirer avantage de toutes les situations » comme il le disait si bien lui même. Ceci explique pourquoi ses réalisations s’intègrent si bien aux paysages et contribuent même à la beauté de ceux-ci. Par exemple les visiteurs de Neuf Brisach, chef d’œuvre du maître, pourront le constater : les lignes pures de son tracé donne à la citadelle l’aspect d’une aspérité naturelle du terrain ou encore ceux de mont Louis dans les Pyrénées contempleront avec quel bonheur l’architecture se fond au site.
En castramétation, c’est à dire l’art de construire les fortifications, Vauban ne fut pas à proprement dire un inventeur, mais plutôt un exceptionnel continuateur des connaissances de l’époque en particulier des apports du comte de Pagan et du chevalier de la Ville, eux mêmes inspirés des conceptions d’Eurards. Contrairement à une vulgate que l’on peut parfois trouver dans certains ouvrages d’un sérieux douteux, Vauban n’a pas inventé la fortification bastionnée mais la tour bastionnée. Sa première approche de la fortification fut la suivante : face à une citadelle type, tout en modulant les plans en fonction du terrain, l’ennemi devait d’abord rencontrer au sommet du glacis des fusiliers abrités dans le chemin couvert ou prêts à contre attaquer à partir des places d’armes ménagés dans celui-ci, tout en étant exposés aux feux croisés (c'est-à-dire soumis en un même point à des tirs provenant de systèmes différents) de la demi lune et de la courtine. Une fois cet obstacle franchi, il reste à prendre la demi lune puis à franchir un autre fossé pour aborder la tenaille, ceci sous les tirs des bastions et des courtines avant de pouvoir enfin s’attaquer à cette dernière. En un second temps, dans un esprit visant à multiplier les obstacles, afin d’emieter et de retarder les assaillants et à renforcer les effets de feux croisés, Vauban double l’enceinte par une nouvelle tenaille à angle obtus et rajoute sa fameuse tour bastionnée, ouvrage en maçonnerie abritant des pièces d’artillerie en casemate , cette dernière construction doit alors protéger les canons des tirs en ricochets (procédé visant à atteindre par rebond du boulet sur le sol un objectif que l’on ne pourrait toucher en tir direct).ces innovations apparaissent progressivement à partir de 1687.Les avancées qui amènent à considérer un troisième système sont un double retrait dans la courtine qui se pare alors de bastions et dédoublement des demi lunes : « un réduit central isolé permet d’en prolonger la défense » (R Borneceque). Vauban appliquera ces dispositions à Neuf Brisach, apogée de son art. S’il domine ses collègues (seul le hollandais Coehoorn soutient la comparaison) en castramétation, c’est qu’il dispose d’une souplesse d’esprit lui permettant une adaptation et une évolution constante face aux nouveaux défis qui se présentent à lui .Il laissera un Traité de défense des places (1706) qui fera école dans ce domaine durant tout le XVIII éme siècle et au-delà.
Trop souvent oublié, Vauban fut aussi un expert des siéges, ce qui lui valut l’adage « Ville investie par Vauban ville prise ».S’il préconise d’attaquer avec méthode et rigueur au moyen de tranchées en zigzag (afin d’éviter les tirs en enfilades) les fortifications dans son traité de l’attaque des places (1701) et partant du principe que « nulle place n’est imprenable », Vauban insiste sur le fait qu’ « il ne faut faire à découvert ni par la force ce que l’on peut par industrie ».Ses nombreux succès; Courtrai en 1683, Namur en 1692, Brisach en 1703 pour n’en citer que quelques uns , au cours desquels il teste de nouvelles méthodes comme le tir à ricochet qu’il pare dans ses propres réalisations par l’ajout d’un cloisonnement des canons de la courtine au moyen de traverses sont autant de preuves de ses compétences.
Cette technique pure fut bien sur mise au service d’un plan d’ensemble qu’il convient de considérer comme changeant et adapté au fur et à mesure des conquêtes ,annexions, traites et renversements d’alliance qui eurent lieu durant la longue période d’activité de Vauban au service du grand roi. C’est pourquoi il convient d’être méfiant vis-à-vis des cartes des forteresses construites ou modifiées par lui : On a l’impression juste d’avoir une France transformée en un gigantesque chantier (« absolument comparable à celui des cathédrales du XIII ème siècle » nous dit Bluche dans son Dictionnaire du grand siècle), mais donne une idée fausse d’un projet unique : il y eut tout d’abord la conquête de la Flandre Française puis la politique du pré carré, proposé par Vauban au roi en 1673 (cette dernière consistant à rechercher une ligne de frontière facile à défendre) dont l’aboutissement fut le traité de Nimègue en 1678. Par la suite « des réunions » en peine paix furent pratiquées par Louis XIV afin d’obtenir un ensemble national cohérent du point de vue défensif et enfin, dans les dernières années de son règne, il dut affronter avec Vauban la situation instable provoquée par la guerre de succession d’Espagne. C’est pour cela qu’il convient « à la géographie des fortification […] de superposer une chronologie de la frontière et de son système de défense » selon François Bluche (in opus cité précédemment).
Après Nimègue, Vauban désire installer deux lignes de places allant de la mer du Nord au massif ardennais, mais Louis préférera conserver en plus les places de la ligne de la Somme, pourtant devenues obsolètes car trop loin de la frontière. Bien sur il n’est pas question d’appliquer ce système à l’ensemble du royaume, Vauban tirant profit des obstacles naturels tels les alpes en y installant juste nombre réduit de citadelles en des points stratégiques afin que si « les Alpes ne sont pas des barrières suffisantes, c’est beaucoup de n’y point trouver des portes cochères mais seulement des guichets qu’on peut aisément fermer ».C’est ainsi que au cours des années une véritable « frontière de fer » est organisée autour du royaume.
« Le génie c’est les conditions du destin » pourrait-on dire pour paraphraser Malraux, car si l’œuvre de Vauban est immense, c’est bien parce qu’il bénéficia du soutient constant du Roi et de Louvois. Son apport militaire aura des répercussions jusqu’au 19ème siècle, certaines de ses places restant opérationnelles jusqu’en 1870 preuve de la technique irréprochable du maître. On peut même trouver des similitudes entre l’organisation de la double ligne de citadelles du nord de la France et le système de défense des frontière mis en place par le général Séré de Rivières à partir de 1874, car dans les deux cas les citadelles peuvent servir de points d’appuis aux troupes alliées pour une guerre de mouvement. Général plus technicien que guerrier Vauban est de ces hommes dont la vie et les talents furent tout entier au service de la France et de son roi.
Romain vindex
21:25 Publié dans histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




